Brigitte Schuermans

Artiste Peintre Sculpteur

Commentaires

Traverse ! - Expo Point Culture LLN -

Si Brigitte Schuermans ose, pour figurer la peau – la peau humaine, si douce, si attirante, si désirable - utiliser un matériau tout à rebours, presque retors - le fer fin & froid, coupant tel le brouillard mauvais - ce n’est nullement bravade ou vain paradoxe. Ce n’est nullement simple procédé.

Si, pour figurer la peau opaque, colorée, celle qui abrite sous la myriade de ses motions nos plus intimes secrets, Brigitte Schuermans ose la transparence du grillage – blafarde barbacane à l’encontre de l’air, & de la lumière, & de la couleur frémissante sous la caresse de l’heure - ce n’est nullement par quelque perversion, par quelque obscur désir d’estafilade, par quelque jouissance du sang versé.

Non – tout au contraire, cette lente & délibérée figuration du lieu immense & unique de la tendresse – maternelle ou sexuelle – par ce qui ordinairement sépare, sectionne, sanctionne, de l’organe premier du don par un adjuvant du pouvoir, est un appel musical au déploiement humain: touché par ces contrepoints, celui qui regarde les sculptures de Schuermans est proprement intimé à re-connaître que ce n’est que par l’Autre – grâce à l’Autre – que le monde est visible en vérité.

Que l’Autre - parce qu’il est humain - loin de nous occulter le monde, nous le révèle. Qu’il nous ouvre le monde, & donc à notre humanité. Qu’il nous incite du désir au devoir, c’est à dire du prendre au donner.

Les sculptures de Schuermans érigent qui les ose recevoir.

M. Mesquita da Cunha 

Visite en-haut - Expo Espace Wallonie de Bruxelles -

L’accueil, dans ce jardin qui eût enchanté Alice – l’espiègle métaphysicienne de Cambridge – est doux: des personnages paisibles se détachant délicatement du vert de l’herbe, du bleu du ciel, comme invitant à leur rencontre. Ce n’est que peu à peu que le regard, d’abord séduit par leurs silhouettes, se focalise avec surprise sur le treillis qui les constitue : de l’acier, pareil à celui dont ont bâtit des barrières, dont on démarque des frontières.

Une tension alors s’élève : sous une apparence d’inconsistance, de transparence, de fragilité, ces œuvres évoquent une force supérieure – celle de l’idée, celle de la pensée, celle de l’esprit. N’apparaissant d’abord que comme formes, ces personnages se transmuent en symboles; le regard, qui en transperce la trame, s’interroge sur la substance des choses ; en contemplant l’humus ou l’azur, il prend conscience de la place de l’humain au cœur du cosmos. Tout se passe comme si ces sculptures agissaient comme un prisme, décomposant la banalité du quotidien en son mystère métaphysique, menant par un chemin de candeur de la géométrie à l’algèbre, de la perception à l’intellection, de l’évident au désiré. 

Le cœur alors est plus ouvert à ce qui l’attend, deux pas plus loin, dans l’atelier de l’artiste : un florilège de femme. De femme au singulier, apparût-elle dans ses multiples effloraisons : d’innombrables femmes, bistres ou colorées, ébauchées ou parachevées, rêveuses ou affirmées, discrètes ou instantes, mais qui chacune appelle à un unique hommage. Sous la multiplicité des traits & des traitements, c’est l’irréductible singularité de chaque femme qui est célébrée, son unité intime au creux des moments qui passent, c’est la vérité de chaque vie, infiniment plus profonde que l’éclosion du moment ou la fuite du temps.

Créé par une femme, cet univers de sensibilité & d’intelligence est un frémissant appel à l’homme – ‘’va plus avant, attends & découvre, admets & explore, accueille & grandis’’. Le sexe alors éclate & culmine en son essence intime: la plus haute école d’humanité. Cet œuvre, qui fait la part belle au désir, le désigne comme douceur, dessein & devenir. 

Peut alors, & alors seulement, s’entrouvrir une phase plus troublante & plus vivifiante encore du chemin auquel convie l’artiste. Dans le silencieux secret d’une pièce bien haute, protégées par un voile de pudeur, de grandes toiles dépeignent - avec la violente simplicité de l’évidence, avec la tourbillonnante puissance de l’esprit, avec la verticalité de la vérité – le monde métaphysique.

A dire vrai, ce ne sont plus là des tableaux, mais des visions. Leur instance, leur énergie, leurs détails, pour percutants, puissants, pertinents qu’ils s’affirment, se fondent sans jamais se confondre dans l’irréfragable vortex de leur assertion, de leur assignation, de leur appel : que l’homme pleinement assume sa place, qu’il assume son humanité. Qu’il soit.

Ces visions-là ne sont point de l’ordre de l’émotion mais de la motion ; point de l’ordre du cœur mais de l’âme ; point de l’ordre du pont qui relie l’homme à son semblable mais de l’échelle de Jacob - celle qui relie l’homme à plus haut que lui.

De telles cimes vivifient. 

Merci, merci vraiment à Brigitte Schuermans de nous convier à cette ascension, & donc à cette humilité.

Oui – vous avez bien lu, le monde même que s’épuise à nier une modernité coupée de la glèbe, celui des anges & des démons, des passions & des vertus, celui du combat ultime entre le bien & le mal, entre la vie & la mort. Celui que l’on n’ose guère considérer ni même nommer, tant il effraie, tant il est plus aisé en notre temps de se gorger de violence factice ou filmée pourvu qu’elle demeure abstraite, de s’asphyxier de sophismes, de s’épuiser à traiter la vérité & la vie telles de vaines variables, telles des opinions aussi séduisantes & aussi inconséquentes qu’une mode, tant il est facile d’abandonner la raison & la rigueur au profit de la gauloiserie & de la gaudriole – ou pis encore, de l’approximation & de la confusion. 

Brigitte Schuermans

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